Coup de coeur : Rufus Cappadocia - Songs for Cello
21 mai 2009 par johana
Classé dans Albums, Arts & Culture, Musique, Talents
Le hasard fait parfois très bien les choses. Alors que ma main cherchait à se saisir d’une compilation de chants traditionnels tziganes exposée bien en évidence, soit très haut, tout au fond du plus petit bac du rayon le moins fourni du magasin, l’album m’est littéralement tombé dessus, comme pour me donner un avant-goût de l’état de choc dans lequel son écoute allait me plonger, quelques heures plus tard.
Premier album solo de Rufus Cappadocia, Songs for Cello emporte immédiatement son auditeur dans une étourdissante foison de couleurs musicales, qui rend assez bien compte de la profonde démarche artistique du violoncelliste. Né en 1967 à Hamilton, au Canada, d’une mère américaine et d’un père immigré italien, Rufus Cappadocia n’a que trois ans lorsqu’il entame son apprentissage du violoncelle, précocité qui le mènera tout naturellement à intégrer la prestigieuse université McGill de Montréal où, en parallèle de sa formation classique, il se passionne pour l’ethnomusicologie. De cette étude découle la découverte, notamment, des chants pygmées ouest-africains, ou encore des premiers folks bulgares, mais aussi, lors d’un voyage longuement prolongé dans le sud de la France puis en Espagne, d’une des musiques « originelles » par excellence, le flamenco, dont les techniques de guitare et le rythme ensorcelant des compas et des palmas deviennent pour lui une source première d’inspiration.
Toutes ces influences, que l’on retrouve sur son album, le mènent à s’interroger sur la source première de la musique. « J’ai étudié de nombreux langages musicaux différents et j’ai joué avec des musiciens du monde entier. Mais finalement, toutes les musiques sont issues d’une seule et même source. Vous pouvez être plus attiré par tel ou tel genre, mais dans le fond, tous les genres se rejoignent en un même point. » explique-t-il sur son site officiel, avant que de conclure : « Finalement, je crois qu’on peut dire que toute m’a vie n’a été qu’une tentative d’atteindre ce point. ».
La gageure d’une vie, donc, que Rufus Cappadocia relève avec brio. Car si Songs for Cello impressionne en premier lieu par la diversité des registres musicaux maîtrisés et réinventés par Rufus Cappadocia (classique, jazz, blues, rock, musique orientale, africaine, caraïbéenne, tzigane… ), il ne saurait se résumer à une simple synthèse des genres. Chaque composition plonge en effet l’auditeur dans un univers onirique unique, troublant, profondément émouvant, dans lequel il se sent en terrain connu, tant les mélopées du violoncelliste évoquent quelque chose d’une terre ancestrale dont nous serions tous issus. Ce sentiment d’un retour aux sources de soi se trouve encore renforcé par les échos de pas de danse et par les roulements de tambours guerriers, sonorités curieuses et envoûtantes toutes issues d’un violoncelle électrique à cinq cordes, instrument improbable inventé et menuisé par Rufus Cappadocia lui-même durant sa jeunesse, alors qu’il tentait de gagner sa croûte plus que sa vie en expérimentant le jazz progressiste dans le métro et les rues de Montréal.
Enregistré en live lors d’un concert au Canada, Songs for Cello, étonnant de maturité pour un premier album solo, a été récemment plébiscité par la critique de Télérama (ffff). Les autres récompenses ne devraient pas tarder à pleuvoir…
Johana Boudoux.
Songs for Cello, de Rufus Cappadocia (Daqui, 2008)
Site officiel, MySpace
Daqui


