Reprise des festivités
10 octobre 2009 par johana
Classé dans Arts & Culture, Danse, Jeune Public, Théâtre
A la veille de Noël, Frédéric et sa soeur Marie, petite fille rêveuse à l’imagination débordante, déballent avec une grande excitation les cadeaux apportés par leur parrain, ancien horloger mystérieux et conteur hors-pair. Tandis qu’ils s’émerveillent, sous le regard amusé de leur mère, des somptueuses poupées et des valeureux soldats de plomb, un troisième paquet attire leur attention. C’est un casse-noisette en bois peint représentant un prince dont les traits grossiers provoquent immédiatement les railleries de Frédéric qui, dans son élan, le brise en voulant casser une noix. L’incident attriste profondément Marie qui se prend d’une singulière affection pour l’objet, attisée par le récit que lui conte son parrain du Prince Casse-Noisette, jeune homme de chair et de sang qui fut victime d’un sort jeté par le roi des rats. Dès lors, la petite fille va réaliser, à travers une série de rêves fantastiques tels une évocation des sacrifices et des joies du sentiment amoureux, un voyage initiatique vers l’âge adulte.
Plus qu’un simple conte de Noël, Casse-Noisette présente donc plusieurs niveaux de lecture. Le voyage initiatique de Marie est en effet directement adressé au lecteur ou au spectateur qui, selon son âge et son expérience de la vie, en appréhendera plus ou moins distinctement les différentes étapes, soulignées par une subtile contextualisation spatio-temporelle.
La parabole du rêve, introduite par les douze coups de minuit symboliques du passage du rêve à la réalité et donc de l’enfance à l’âge adulte, facilite cette identification au personnage de Marie, renforcée dans le ballet de Tchaïkovsky par le choix de musiques et de danses d’inspiration folklorique - telles les danses arabe, espagnole, chinoise et russe - qui donnent au conte sa dimension internationale.
Or, si l’adaptation de Christian Grau-Stef reprend effectivement la trame du conte et certaines musiques du ballet, elle ne parvient pas à en restituer la magie malgré la fluidité de la mise en scène, la qualité de l’interprétation dramatique et chorégraphique, et la beauté du décor et des costumes. Manifestement destiné à satisfaire les attentes présumées du jeune public moderne, le spectacle présente pourtant une succession de choix peu judicieux. Tandis que les enfants présents dans la salle s’animent à chaque intervention musicale ou dansée, la part belle est faite aux dialogues qui, ponctués de mauvais jeux de mots (« Casse-Noisette… casse-pipe [...] »), sont souvent ennuyeux et simplifiés à l’extrême, notamment lors de la visite du palais des friandises, commentée par un animateur semblant sortir tout droit d’une émission télévisée.
Quant à la musique, il ne s’agit pas de l’intégralité de Casse-Noisette mais d’une sélection de morceaux du ballet de Tchaïkovsky, aussi peut-on s’interroger sur la présence de la valse de La Belle au Bois Dormant ou des récurrentes reprises de la comptine Cadet Rousselle.
Le reproche majeur fait à ce spectacle n’est donc pas tant d’avoir cherché à proposer une adaptation contemporaine destinée en priorité au jeune public des chefs-d’oeuvre de Hoffman et de Tchaïkovsky, à l’image du très réussi The Nutcracker Prince, dessin-animé réalisé en 1990 par Paul Schibli, mais d’en proposer une vision très superficielle et commerciale, bien loin de la puissance artistique de Casse-Noisette. Le prix de la place comme le titre de la pièce semblent dès lors peu justifiés.
Johana Boudoux.
Casse-Noisette, d’après le conte d’Hoffman et le ballet de Tchaïkovsky
Compagnie Ecla Théâtre
Adaptation : Christian Grau-Stef
Mise en scène / chorégraphie : Daniel Thuann
Assistant à la mise en scène : Laury André
Avec : Nathalie Meunier, Vincent Bonnasseau, Loïc Pottier, Axel Petersen, Jean Paul Audrain, Artur Zakirov, Alexandra Ronsin-Schmitt, Andriy Demchak, Raphaël Landais, Violetta Sidorenko et Cynthia Sureau.
Création et réalisation de masques et accessoires : Martine Baudry
Costumes : Danièle Barraud
Décors : Sophie Taïs
Régie : Fouad Souaker
Théâtre de la Porte Saint-Martin • 18, boulevard Saint-Martin • 75010 Paris
Métro Strasbourg Saint Denis
Réservations : 01 40 27 82 05
Du 24 octobre 2009 au 2 janvier 2010
Dates et horaires des représentations indiqués sur le site de la Compagnie
Durée : 1 h 25
28 € | 18,50 €



